Avoir la sensation de se cramer pendant que l’autre s’économise

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La discussion était légère, le ton badin. Comme à notre habitude, nous avions entrepris, une amie et moi, de faire le tour du parc avec nos bébés. Le sien, confortablement installé dans sa poussette et le mien, péniblement harnaché à mon torse.

Je ne sais plus vraiment ce qui a introduit le fait qui a suivi, je me souviens juste que sa remarque a eu l’effet d’une sentence : 1 couple sur 4 se sépare dans la première année du premier enfant.

 Et moi, en un instant, de m’imaginer fébrilement grossir les statistiques.

Dans les moments de communion, il est facile de se dire qu’on laisse ça aux autres, que l’amour est un solide rempart et qu’à moins d’une lourde faute, de séparation, il ne sera jamais question. Des idéaux que l’on est toujours prompts à nourrir a priori, quand aucun agent ne menace notre équilibre. Ce même mécanisme qui fait qu’on peut devenir juges sans même connaître les affres de la personne jugée.

De toute évidence, je ne suis plus si incrédule. J’ai vu des proches s’aimer à la folie ; une passion qui masquait de prime abord des différences irréconciliables. L’arrivée du bébé et les exigences qui en découlent ont fait craqueler le vernis passionnel tandis que les désaccords se sont engouffrés dans les failles jusqu’à entraîner la dissolution du couple.

« Des riens en temps normal peuvent devenir de grands affronts »

De mon côté, je me surprends parfois à l’envisager. Que l’on s’entende : je ne considère pas la séparation mais plutôt le fait d’être aussi vulnérable que quiconque et ne pas être plus prémunie qu’un(e) autre.  

Je sais aussi que des riens en temps normal peuvent devenir de grands affronts après la naissance d’un enfant. Et le sujet épineux qui revient souvent est la sensation de se cramer pendant que l’autre s’économise, d’être le pilier sur lequel l’autre repose sans jamais trouver pareil soutien en retour et de composer avec une implication en dents de scie car circonstancielle : si le trop-plein se fait voir, si l’exaspération est ostentatoire, alors l’autre se proposera « d’aider », de prendre sa part. Une attitude qui confine la manipulation et qui peut, sans y paraître, détériorer la bonne santé de la relation.

J’ai pour ma part opté pour la discussion quand je suis dans l’anticipation constante et ai le sentiment d’être ce pilier sur lequel tout le monde repose. Mais je dois quand même essuyer la grogne de mon compagnon lorsque je partage de temps à autres les dessins d’Emmaclit quand les mots me font défaut.